La création d’une organisation de producteurs commerciale (OPC) sur la zone IGP cancoillotte ouvre une perspective majeure pour les éleveurs laitiers du territoire. Il ne s’agit pas d’un simple changement juridique, mais d’un véritable basculement stratégique : passer d’une offre subie à une offre organisée, collective et territorialisée.
« Une OP est dite commerciale lorsqu’elle vend, en tant que propriétaire, la production de ses membres. Le transfert de propriété du lait permet une décision collective sur les volumes et leur mise sur le marché », rappelle Audrey Crochet, juriste à la FNPL. Permettant de dépasser les limites des OP de mandat, cette évolution redonne aux producteurs une capacité réelle de négociation face aux acheteurs.
Valoriser d’abord la Cancoillotte IGP
Premier enjeu : mieux valoriser le lait destiné à la Cancoillotte IGP, spécialité emblématique du territoire. « C’est une filière en forte dynamique, avec des ventes en hausse en France et à l’export. Les producteurs qui contribuent à cette réussite doivent en tirer pleinement partie », souligne Guillaume Faucogney, président de la FDPL. Aujourd’hui, les éleveurs ne bénéficient pourtant d’aucune valorisation spécifique de ce lait.
L’IGP repose sur un lien fort entre produit, lait et territoire. Une OPC permettrait aux producteurs de peser davantage dans le partage de la valeur ajoutée.
Reprendre la main sur les volumes et les contrats
Une OPC permet aussi de gérer les volumes à l’échelle du territoire et d’éviter que des industriels puissent, comme à l’automne 2024, aller se fournir ailleurs sans concertation. Les entreprises fabriquant de la cancoillotte ont besoin du lait local pour honorer leurs marchés : c’est un levier puissant pour les producteurs.
Autre avancée clé : la facturation du lait peut désormais être reprise par les producteurs, grâce à l’accès aux données du paiement à la qualité via le CNIEL. « Tout ce qui a été historiquement délégué aux laiteries peut aujourd’hui être repris en main collectivement », rappelle Benoît Gavelle, vice-président de la FNPL.
Des modèles qui fonctionnent déjà
Les OPC ne sont pas une utopie. « Au Canada, 50 % des volumes libérés sont redistribués, les 50 % restants sont affectés collectivement à des projets d’installation », illustre Guillaume Faucogney. En Allemagne, les contrats sont souvent conclus pour six mois à un an, contre cinq ans en France, offrant plus de réactivité collective.
Organiser la concurrence plutôt que la subir
Dernier levier majeur : mettre les acheteurs en concurrence. « Même Lactalis ne peut pas fabriquer ses cancoillottes — Président, Raguin ou La Belle Étoile — sans notre lait », rappelle Sébastien Figard. Une OPC transversale permet de proposer collectivement les volumes aux plus offrants et de rééquilibrer le rapport de force.
En clair, pour un éleveur haut-saônois, une OPC, c’est :
- mieux négocier ses prix,
- sécuriser ses volumes,
- retrouver de la visibilité pour investir et transmettre,
- valoriser l’origine territoriale du lait,
- participer à une stratégie collective plutôt que subir des décisions extérieures.
L’OP commerciale n’est pas une contrainte : c’est un outil de reconquête, au service du revenu, du territoire et de l’avenir de la filière laitière haut-saônoise.
En bref
Objections fréquentes… et réponses concrètes
« On va perdre notre liberté individuelle »
L’adhésion est volontaire. L’OP commerciale fixe un cadre collectif, mais les exploitations restent autonomes dans leur fonctionnement.
« Ça va créer une usine à gaz »
Une OP commerciale peut rester légère et pragmatique, avec une gouvernance simple et des objectifs clairs : volumes, prix, débouchés.
« Les laiteries n’en voudront pas »
Les laiteries ont besoin de volumes sécurisés et d’une image territoriale forte. Une OP commerciale structurée est un interlocuteur crédible, un partenaire dans la durée, pas un adversaire.
« On est trop petits pour peser »
Isolés, oui. Collectivement, non. Même un nombre limité de producteurs peut représenter un volume stratégique à l’échelle locale.
« Ça ne changera rien au prix du lait »
Une OP commerciale ne promet pas des miracles, mais elle permet de sortir de la subordination totale, de négocier, et d’intégrer la valeur réelle du lait dans le prix.
« On a déjà connu des structures qui ont échoué »
Les OP commerciales actuelles s’appuient sur un cadre juridique plus solide, une expérience acquise et des exemples qui fonctionnent déjà ailleurs.
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