Réunis le 25 juin sur l'EARL Faivre à Membrey, les responsables de la FDSEA, des Jeunes Agriculteurs et de la Chambre d'agriculture de Haute-Saône ont dressé un constat préoccupant des conséquences de la canicule sur les exploitations agricoles. Cultures, fourrages et élevages sont désormais touchés simultanément par un déficit hydrique qui s'aggrave de jour en jour.
Alors que les fortes chaleurs persistent et qu'aucune pluie significative n'est annoncée à court terme, les représentants de la profession agricole ont accueilli les services de l'État sur l'exploitation de la famille Faivre, à Membrey, afin d'alerter sur les difficultés rencontrées sur le terrain.
Le constat est unanime : les conséquences de cet épisode climatique exceptionnel se font désormais sentir dans toutes les productions.
Des cultures de printemps sous pression
La situation est particulièrement préoccupante pour les cultures de printemps. Les tournesols, qui entrent progressivement dans des stades sensibles, pourraient subir des pertes de rendement importantes si la sécheresse se prolonge. Selon les responsables professionnels, la baisse de production pourrait atteindre jusqu'à 30 % dans les situations les plus défavorables.
Les maïs et les sojas commencent également à montrer des signes de stress hydrique, notamment dans les secteurs où les réserves des sols sont les plus limitées.
Les céréales d'hiver perdent du potentiel
Les cultures d'hiver ne sont pas épargnées. En pleine phase de remplissage du grain, blés et orges voient leur potentiel diminuer sous l'effet du manque d'eau et des fortes températures.
Le stress hydrique affecte directement le poids de mille grains (PMG), composante essentielle du rendement. Dans ces conditions extrêmes, les pertes peuvent atteindre jusqu'à un quintal par hectare et par jour de forte chaleur. La qualité des récoltes pourrait également être pénalisée, notamment à travers un moindre calibrage des grains.
Des stocks fourragers déjà entamés
Dans les prairies, la pousse de l'herbe est désormais quasiment à l'arrêt. De nombreux éleveurs ont déjà commencé à distribuer des fourrages stockés, une situation particulièrement précoce pour la saison.
Les inquiétudes portent désormais sur les disponibilités fourragères pour les mois à venir, alors que les rendements des premières coupes ont souvent été jugés insuffisants.
Des troupeaux éprouvés par la chaleur
Les élevages subissent eux aussi les conséquences de la canicule. Les fortes températures entraînent une baisse de l'ingestion alimentaire, une augmentation du stress thermique et une dégradation de l'état sanitaire des animaux.
Dans les troupeaux laitiers, la production peut chuter fortement. Les professionnels évoquent des pertes pouvant atteindre jusqu'à neuf litres de lait par vache et par jour lors des épisodes les plus sévères.
Les prochains jours seront déterminants pour mesurer l'ampleur réelle des conséquences agronomiques et économiques de cette vague de chaleur.
Premières réponses des services de l'État
À l'issue de la rencontre, plusieurs mesures ont été rappelées par les services de l'État.
Les agriculteurs de Haute-Saône sont notamment autorisés à récolter ou à faire pâturer les jachères.
Concernant certaines mesures agroenvironnementales (MAEC), des dérogations individuelles peuvent être sollicitées auprès de la Direction départementale des territoires pour les secteurs concernés de la vallée de la Saône et de la vallée de la Lanterne.
Par ailleurs, aucune restriction supplémentaire sur les travaux agricoles n'est envisagée à ce stade, les actions de prévention mises en œuvre par la profession étant jugées satisfaisantes.
La profession réclame des mesures structurelles
Au-delà des réponses immédiates, les responsables agricoles estiment que la répétition des épisodes de sécheresse et de canicule impose désormais des réponses de fond.
Ils demandent notamment l'accélération d'une politique ambitieuse de stockage de l'eau, l'exonération totale de la taxe foncière sur le non-bâti, la mise en place d'une année blanche pour le remboursement des prêts des exploitations les plus fragilisées, la suppression de certaines obligations de semis des surfaces d'intérêt écologique en zone vulnérable, ainsi qu'un plan régional d'investissement pour l'équipement des bâtiments d'élevage en systèmes de ventilation et de brumisation.
« L'agriculture ne peut plus subir seule les conséquences du changement climatique », ont rappelé les représentants professionnels, qui appellent à une mobilisation rapide afin de préserver les exploitations agricoles et leur capacité de production.



