Réunis en assemblée générale à Noroy-le-Bourg, les responsables de la FDSEA-FDPL70 ont dressé le bilan d’une année 2025 syndicale dense, marquée par des crises sanitaires et économiques, mais aussi par de fortes mobilisations. Dans un climat parfois tendu, les échanges ont confirmé une ligne assumée : organisation collective, responsabilité et rapport de force.
Après une assemblée générale extraordinaire, dévolue à la fusion « technique » de la FDSEA et de la FDPL, justifiée par des raisons démographiques – la restructuration des exploitations agricoles – pratiques, et économiques, l’AG de la FDSEA70 s’est poursuivie par le rapport d’activité. De la large victoire aux élections de la Chambre d’agriculture à la mobilisation contre le Mercosur, en passant par le dossier Lactalis ou encore la DNC, l’année 2025 n’a pas laissé de répit. « Dans un contexte d’instabilité gouvernementale et de malaise agricole, notre FDSEA est en marche de bataille », ont rappelé Sébastien Figard et Laurent Isabey, les secrétaires généraux. Si la conjoncture laitière s’est montrée favorable, favorisant le reclassement de la quasi-totalité des producteurs lâchés par Lactalis, les tensions restent vives. Même constat en grandes cultures : « Des rendements flatteurs, mais une rentabilité qui n’est pas au rendez-vous ».
Une année rythmée par les crises et les mobilisations
Le dossier sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse a cristallisé les tensions. Entre gestion de crise et déferlement d’invectives sur les réseaux sociaux, le syndicat assume sa position. « On s’est fié à la science », a insisté l’invité Stéphane Joandel (FNPL), rappelant que « abattre des lots sur place était le seul moyen de protéger les voisins ». Sur le terrain, la FDSEA revendique son rôle : « Qui a organisé la contention pour faire le travail de vaccination ? C’est notre syndicat ». Face aux critiques, Arnaud Grandidier se montre ferme : « Certains ont dit que le protocole n’était pas bon. Moi je dis qu’il n’a pas été respecté ». Et d’ajouter : « La maladie n’a pas fait des sauts de 20 km sans qu’il n’y ait eu de mouvements interdits d’animaux. ». Tous dénoncent une dérive du débat, et la récupération électoraliste de la crise : « Un dossier sanitaire ne devrait pas devenir un dossier politique », martèle Stéphane Joandel.
Lactalis, bio, cancoillotte : la bataille de la valeur
Autre sujet sensible, le lait. Si des solutions ont été trouvées pour la plupart des producteurs évincés par le N°1 mondial des produits laitiers, certaines situations restent délicates, notamment en bio. « Pourquoi la solution, c’est de repasser en standard ? Quel choix ! », interroge Gérôme Broutchoux. Réponse de Michaël Muhlematter, président de la FDPL : « On les accompagne. Le marché du bio est compliqué aujourd’hui, mais il existe des solutions temporaires. » Au-delà des cas particuliers, c’est la question du partage de la valeur qui revient avec force. Sur le dossier de la cancoillotte IGP, le constat est sévère : « Quatre ans après l’obtention de l’IGP, aucun retour aux producteurs »., regrette Sébastien Figard. L’objectif syndical est clair : « Quand on fait les comptes, le lait à cancoillotte devrait être payé quasiment au niveau de celui du lait à comté ».
Mercosur : colère et sentiment de trahison
La mobilisation contre l’accord de libre-échange a marqué l’année, jusqu’au convoi de tracteurs vers Strasbourg. « On avait réussi à faire plier le parlement européen », souligne Stéphane Joandel. Mais la décision d’application temporaire de la Commission européenne passe mal : « Un déni de démocratie ». Arnaud Grandidier enfonce le clou : « La Commission européenne bafoue le travail parlementaire ». Dans la salle, Pierre Besançon résume crûment le ressenti : « On se l’est fait mettre… ».
Malgré une année techniquement correcte, avec des conditions propices aux productions de lait, de viande, et de céréales, la question du revenu demeure préoccupante. « Comment dégager un revenu avec un blé à 165 €/t ? » interroge Christophe Ruffoni, le vice-président de la Chambre d’agriculture. Même inquiétude chez les jeunes. « Il est inacceptable qu’un éleveur laitier travaille 365 jours pour perdre de l’argent », rappelle Louis Wicky (JA70), inquiet de la baisse du prix du lait, et appelant à « des revenus stables et attractifs ». Transmission, installation, simplification : les chantiers sont nombreux. La fusion FDSEA-FDPL s’inscrit dans cette logique de restructuration, d’économies de charges. « Le lait ne sera pas oublié », assure Michaël Muhlematter, qui évoque le bouleversement démographique agricole en rappelant que quand il était président des JA, le département comptait encore 1 400 exploitations laitières, et qu’il n’en reste aujourd’hui plus que 500.
Un syndicalisme qui assume sa ligne
Malgré les critiques, parfois violentes et en dessous de la ceinture, la FDSEA revendique son cap. « Nous sommes restés debout et responsables », ont rappelé les responsables, évoquant les insultes subies lors de la crise sanitaire. Pour eux, la légitimité passe avant tout par des actions concrètes : accompagnement des agriculteurs, négociations avec l’administration, organisation collective. « Nos opposants aboient beaucoup, mais sont souvent absents autour de la table », résume Michaël Muhlematter. Dans un contexte agricole sous tension, le message est clair : « La FDSEA sera à vos côtés, la voix qui refuse de se taire », conclut Arnaud Grandidier.



