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Affaire Lactalis : une page se tourne

En quittant la zone de collecte sous-vosgienne, pour maximiser ses profits, le groupe Lactalis ne s’est pas fait que des amis !
En quittant la zone de collecte sous-vosgienne, pour maximiser ses profits, le groupe Lactalis ne s’est pas fait que des amis !

Depuis le 1er juillet, la coopérative Pâturages comtois collecte 18 producteurs historiques de Lactalis, dont le contrat avait été dénoncé unilatéralement en octobre dernier. L’occasion de faire le point sur ce dossier qui a secoué le paysage laitier haut-saônois.

"Rester ensemble et jouer collectif a porté ses fruits", respire Guillaume Faucogney, producteur laitier en Gaec à Cubry-lès-Faverney et administrateur FNPL, lui-même directement concerné par la décision brutale de Lactalis de se séparer de plusieurs dizaines de fournisseurs. « La mobilisation syndicale et la bonne volonté des entreprises et coopératives locales ont permis de trouver des solutions pour quasiment tous les producteurs concernés. » De fait, sur les 80 exploitations laitières haut-saônoises, représentant un volume de 33 millions de litres produits par an, et dont le contrat a été dénoncé par Lactalis « au moins cinq restent encore à “caser” », selon Stéphane Decaudin, l’animateur de la FDPL. La fromagerie Mulin, à Noironte, Milleret, à Charcenne, l’Ucafco, l’Ermitage, Pâturage comtois… ont trouvé des terrains d’accord pour collecter les producteurs délaissés. C’est la coopérative laitière Pâturage comtois, sise à Aboncourt-Gésincourt, qui reprend le plus gros contingent de producteurs trahis par leur partenaire historique. « Nous souhaitons conforter notre approvisionnement laitier, et le faire localement plutôt que d’aller chercher du lait spot est cohérent avec les valeurs de la coopérative : ça conforte le tissu laitier local, et plus largement l’activité économique qui en dépend. Depuis cette semaine, le 1er juillet précisément, une première vague de 18 producteurs – soit 8 millions de litres - est désormais collectée pour Pâturages comtois. » explique Laurent Darosey, le président de la coopérative. 14 autres suivront dans un an. C’est la société Agri Trans 70, qui collecte le lait pour Pâturages comtois, mais aussi d’autres entreprises locales concernées par la reprise des volumes abandonnés par Lactalis, qui a investit dans de nouveaux camions-citernes et embauché des chauffeurs pour assurer le ramassage tous les 48h. « Au niveau de l’usine, nous ne sommes pas saturés, ce qui fait que nous n’avons pas eu à déployer de moyens humains ou matériels supplémentaires », poursuit le président. Les nouveaux sociétaires qui ont rejoint la coopérative ont opté pour l’acquisition des parts sociales sur un laps de temps relativement court (cinq ans), sous la forme de 10 % de leur chiffre d’affaires. « Nous les avons tous rencontrés individuellement, et ce qui ressort, c’est qu’au delà des questions de prix de lait, ils étaient tous pressés de tourner la page, d’avoir un interlocuteur sincère en face. »

Un abandon traumatisant

Dans leur malheur, les producteurs ont bénéficié d’un contexte porteur, sur fond de déprise laitière nationale, amplifiée par l’épizootie de fièvre catarrhale. L’annonce par Lactalis en octobre dernier par voie de presse de la décision du groupe de se séparer de ses fournisseurs a été un véritable séisme. « On ne peut pas comprendre ce changement brutal de discours, qui passe de promesses de perspectives de développement à un désengagement complet. Au delà du préjudice économique, il y a une perte totale de confiance envers Lactalis. », résume Guillaume Faucogney. « Mais justice sera faite : nous étudions actuellement avec les juristes de la FNPL toutes les possibilités pour notre collectif d’attaquer le groupe Lactalis pour être indemnisés au-delà de ce qui est légalement prévu. »