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Du sol au sang, une seule santé !

 Pierre WEILL, co-fondateur de Bleu-Blanc-Cœur et auteur du livre « Une seule santé ». Crédit photo : A.Coronel
Pierre WEILL, co-fondateur de Bleu-Blanc-Cœur et auteur du livre « Une seule santé ». Crédit photo : A.Coronel

Invité à conclure la journée « filière locale oléo-protéagineux : du champ à l’assiette », organisée le 27 janvier au lycée Granvelle par l’association Lin avec l’autre, Pierre Weill a livré une démonstration à la fois scientifique et accessible du lien étroit entre pratiques agricoles, santé animale, qualité nutritionnelle des aliments et santé humaine.

Co-fondateur de Bleu-Blanc-Cœur, ingénieur agronome et docteur en biologie-santé, il s’inscrit dans l’approche « One Health » : « Le lien entre environnement, santé animale et santé humaine n’est plus une intuition, c’est désormais mesurable. » À partir d’indicateurs « du sol au sang », ses travaux montrent des continuités biologiques entre écosystèmes, alimentation et santé humaine.

Tout commence par la photosynthèse. « La chlorophylle fabrique l’énergie de la planète. Les chloroplastes, riches en oméga-3, produisent aussi des molécules de défense. » Cette énergie circule ensuite dans les écosystèmes, jusque dans les sols via les mycorhizes : « La coopération est le moteur de la vie. » Pour l’alimentation humaine, il en tire une conséquence directe : mieux vaut « densifier l’alimentation en nutriments » que recourir aux compléments alimentaire, en privilégiant des cultures locales comme la féverole ou le lupin plutôt que le soja importé.

C’est par l’alimentation des vaches que Pierre Weill est entré dans cette recherche intégrée. « Le lin, au départ, c’était pour rendre le beurre plus tartinable. » Mais les effets observés sur la santé animale ont rapidement ouvert des perspectives bien plus larges : « Ce que mangent les animaux influence directement la santé humaine. »

Les conséquences d'une carence en oméga3

Or, la France présente aujourd’hui une carence marquée en oméga-3. « Le ratio oméga-6/oméga-3 idéal est de 5 pour 1. Nous sommes passés à 15 pour 1, un ratio pro-inflammatoire. » Une dérive liée en partie aux systèmes de production : maïs-soja, riches en oméga-6, contre herbe et foin, riches en oméga-3. Ce déséquilibre influe sur l’inflammation, le métabolisme, le cerveau, mais aussi sur la digestion des ruminants et les émissions de méthane.

Des essais cliniques menés en conditions réelles ont confirmé scientifiquement l’intérêt de cette approche. En Bretagne, deux groupes ont suivi les mêmes menus, seule variable : l’alimentation des animaux à l’origine des produits consommés. « En quinze jours, on observait déjà des changements dans le sérum. » Ces résultats ont permis la structuration de Bleu-Blanc-Cœur, aujourd’hui confortée par plusieurs études cliniques.

Titulaire d’une chaire universitaire « Aliment et bien manger » à Rennes, Pierre Weill poursuit ses recherches, notamment sur le végétal : des tomates cultivées en pleine terre présentent jusqu’à 30 % d’antioxydants en plus et de meilleures qualités gustatives que celles hors-sol. « La qualité nutritionnelle naît d’abord des pratiques agricoles. »

Pour le chercheur, le message est clair : « Ce que je mesure dans le sang, ce sont aussi les pratiques des agriculteurs. » Et de conclure sur une note résolument positive : « On peut encore agir. La santé de demain se cultive dès aujourd’hui, dans les champs comme dans les assiettes. »