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Réunion d'information DNC : le témoignage de Guillaume Léger calme le jeu

Vendredi 5 décembre, la DSPPT de Haute-Saône organisait une réunion d'information pour les éleveurs en zone règlementée DNC. Crédit photo : AC
Vendredi 5 décembre, la DSPPT de Haute-Saône organisait une réunion d'information pour les éleveurs en zone règlementée DNC. Crédit photo : AC

La confirmation d'un nouveau foyer de dermatose nodulaire bovine dans une exploitation laitière de Pouilley-Français, dans le Doubs, alors que le cheptel était vacciné, a suscité beaucoup d'incompréhensions et d'émoi. Aussi la réunion des éleveurs concernés par la zone réglementée étendue à 218 communes de Haute-Saône, le 5 décembre dernier à Vesoul, n'a pas débuté dans une ambiance sereine. Mais l'écoute du témoignage de Guillaume Léger, éleveur haut-savoyard impliqué dans l'accompagnement des éleveurs touchés par la maladie, a apaisé les débats et redonné des perspectives aux participants.

La réunion d'information, organisée par la DSPPT de Haute-Saône à l'attention des éleveurs haut-saônois concernés par la zone règlementée, a plutôt mal commencé... Propos vifs, allant jusqu'à la remise en cause de l'intégrité professionnelle des vétérinaires et des fonctionnaires en charge de l'expertise, interruptions intempestives de la présentation de la maladie par le directeur Yves Lambert et recadrages difficiles par Michaël Muhlematter, président de la Chambre d'agriculture. C'est finalement, au-delà de toutes les explications scientifiques données au sujet des modes de propagation, de la cinétique et des particularités de la dermatose nodulaire contagieuse, le témoignage d'un éleveur haut-savoyard qui a permis à l'assistance de prendre un peu de hauteur vis-à-vis du récent cas de Pouilley-Français et de se projeter dans une logique d'avenir et de reconstruction. « Je suis éleveur comme vous, et je sais la valeur que vous attachez à vos cheptels, qui sont le fruit du travail de sélection de plusieurs générations. Mais ce qui fait une ferme, au-delà des animaux, des bâtiments, du matériel, ce sont les Hommes. Et c'est ça qu'il faut préserver à tout prix. », a martelé Guillaume Léger, fort de son expérience au sein du réseau AGIR, réseau monté en urgence début juillet 2025 dans les Savoies par les Chambres d'agriculture, JA, FDSEA, Cuma... pour épauler les éleveurs confrontés à la DNC et aux mesures d'abattage total de leurs troupeaux. « Je peux vous dire que dans les premiers troupeaux où nous sommes intervenus pour organiser la contention des vaches en vue de leur euthanasie, pour que l'éleveur n'assiste pas à ça, on a eu de sérieux doutes, à cause de la quasi-absence de symptômes. Ça nous faisait mal au cœur de bloquer de belles vaches, en état... Ce n'est que par la suite qu'on a compris que face au virus de la DNC, on est dans une course contre la montre. La durée d'incubation est telle que si on attend que les symptômes apparaissent, on a toujours une guerre de retard, la maladie s'est propagée dans d'autres élevages environnants, et tout est à recommencer. »

La médiatisation ne fait pas de bien

 C'est aussi fort de cette expérience de crise, pendant laquelle il a fallu vacciner plus de 20 000 animaux par jour en pointe, assister l'abattage d'une quarantaine de cheptels, que Guillaume Léger peut aussi donner son avis sur la médiatisation des cas. « Ce n'est bon ni avant, ni pendant, ni après : j'ai le triste souvenir d'un éleveur que nous avions réussi à préserver du traumatisme d'assister à l'abattage de son troupeau... et qui a pris les images en pleine tête le soir même sur les réseaux sociaux. Ça n'aide pas à se reconstruire. » Il évoque aussi les insultes, les remises en cause, les rumeurs... l'opportunisme politique ou syndical également. « C'est déstabilisant : un de mes associés en est venu jusqu'à souhaiter que notre propre troupeau soit contaminé, pour que ça cesse enfin. Mais aujourd'hui on peut tirer un bilan de tout ça, un bilan chiffré : même sans compter tous les bovins qui étaient présents dans la zone, car nous accueillons beaucoup de génisses en estive, on est à moins de 1% de l'effectif abattu. Et à 98% le cheptel a été reconstitué, avec des animaux de bon niveau génétique, fournis par tous les acteurs des filières qui ont joué le jeu de la solidarité. La stratégie vaccinale fonctionne, avec des mesures de biosécurité bien respectées pour éviter d'exporter la maladie. » L'éleveur de Haute-Savoie a pu aussi tirer le bilan du protocole d'indemnisation négocié avec l'Etat, sur la base de l'expertisation de la valeur économique du troupeau et six mois de compensation de pertes d'exploitation. « Ça permet de repartir dans des conditions correctes. Tout le monde joue le jeu. »

De fait, en arrière-plan de l'hypermédiatisation de l'abattage du troupeau et de la mise en scène du chagrin de l'épouse de l'éleveur de Pouilley-Français sur les réseaux sociaux, les faits ne résistent pas à l'analyse. Ce foyer est la conséquence d'un mouvement illicite d'animaux depuis le secteur d'Ecleux. Comme l'a rappelé Yves Lambert, la stratégie de protection du cheptel français fait l'objet d'un large consensus scientifique, approuvé par toutes les organisations syndicales agricoles nationales le 16 juillet dernier.