Le Pôle régional ovin de Charolles a 20 ans. Sur son exploitation expérimentale, il continue d’explorer des itinéraires novateurs pour une production ovine à l’herbe à la fois rentable, durable et vivable.
Jeudi dernier, le Pôle régional ovin de Charolles accueillait la 20e rencontre technique régionale ovine de Bourgogne-Franche-Comté. Cet événement, organisé par la filière régionale rassemblée au sein d’Inn’Ovin, tourne chaque année dans les départements de BFC. Il était de retour à Charolles pour les 20 ans du Pôle régional ovin. C’est en effet en 2006 que tout a « redémarré » avec simultanément le lancement du programme de reconquête ovine Inn’Ovin et la création du Pôle régional.
Les quatre missions du pôle
Porté par ce collectif, dont l’EPL de Fontaine détenteur de l’exploitation, le Pôle ovin assure quatre missions : la première « technique » en mettant en œuvre sur la ferme des itinéraires efficaces et novateurs et en assurant la diffusion des résultats. Le pôle est support d’expérimentation. Il assure une communication à travers des visites, portes ouvertes… Il est un lieu de formation autant par les connaissances techniques qu’il transmet que par les vocations qu’il suscite en accueillant beaucoup de jeunes stagiaires. Il sert notamment du support au Certificat de spécialisation (CS) ovin (thème d’une table ronde sur laquelle nous reviendrons dans une prochaine édition). D’envergure régionale voire nationale, le Pôle ovin de Charolles « travaille en réseau » avec d’autres fermes de lycées agricoles et des centres de recherche ainsi que le Ciirpo (Centre Interrégional d’Information et de Recherche en Production Ovine). C’est ainsi qu’il se retrouve impliqué dans des projets aux côtés de l’Inrae, de l’école vétérinaire de Toulouse, etc.
155 hectares, 900 brebis…
L’exploitation du Pôle Régional Ovin couvre 155 ha de prairies permanentes et emploie trois salariés et un apprenti, aidés de deux précieux chiens de troupeau. Au sud de Charolles, le siège historique correspond à un atelier ovin de 600 brebis (100 Moutons Charollais + 500 Romanes). Il compte une bergerie de 320 places, un local d’allaitement artificiel, un parc de contention couvert, une bergerie de finition avec chaîne d’alimentation. Depuis 2023, l’exploitation s’est agrandie d’un second site au nord de Charolles. 300 brebis F1 Romane x Mouton Charollais et F1 Romane x Suffolk y sont conduites en plein air. Une quarantaine de bovins d’embouche sont également engraissés au pré en pâturage mixte.
Trois périodes d’agnelages
Au siège du Pôle ovin, les brebis de race Romane sont conduites en trois périodes d’agnelage. 237 brebis sont mises en lutte de fin mars à mi-mai puis 225 du 20 juin au 5 août et enfin 125 du 6 octobre au 20 novembre. Toutes les femelles mises à la reproduction sont échographiées six semaines après le retrait des béliers. Les brebis non gestantes sont remises en lutte dans le lot suivant sauf en automne. Les résultats de reproduction du lot de printemps (2025) affichent 82 % de fertilité, 212 % de prolificité et 15 % de mortalité, rapporte Laurent Solas (chambre d’agriculture de Saône-et-Loire) qui assure l’encadrement technique et le suivi des expérimentations sur le Pôle. Le lot d’été baisse un peu en fertilité à 74 % pour une prolificité de 205 % et un taux de mortalité de 13 %. Quant au lot d’automne, en pleine saison naturelle de reproduction, il affiche une fertilité de 91 % pour une prolificité de 266 % et une mortalité de 17 %. Au final, sur la campagne 2025, les trois lots ont accompli une productivité numérique de 185 %, synthétise Laurent Solas.
La conduite de la troupe charollaise est plus traditionnelle avec une seule période de mise en lutte en automne en vue de lactations à l’herbe. La fertilité de ce lot de 97 femelles affiche 81 %. La prolificité est moins haute que les Romanes : 154 % et le taux de mortalité se maintient à 15 %.
De bons résultats économiques
Grâce aux 500 brebis Romanes à la prolificité optimisée, l’atelier affiche une bonne productivité qui favorise le résultat économique, analyse Anne-Marie Bolot de Feder-Terre d’Ovins. Le produit est constitué de la vente de plus de 1.200 agneaux valorisés 177 €/agneau. L’exploitation bénéficie des aides ovines pour un montant total de 18.240 €. Au niveau des charges opérationnelles, l’alimentation est la dépense la plus élevée sur une exploitation qui ne produit aucune culture. Le Pôle ovin achète 136 tonnes d’aliments complets pour les agneaux, 50 tonnes d’orge et de maïs et 41 tonnes de tourteau de colza pour ses brebis. Mais avec 213 kg de concentré par brebis, « la consommation n’est pas si élevée que cela », observe Anne-Marie Bolot. La charge en alimentation s’élève à 99 €/EMP
(Effectif moyen présent) pour un total de charges opérationnelles de 147 €/EMP. « Le poste alimentation est important, mais pour beaucoup de production », analyse la technicienne. Ainsi, la marge brute hors aide atteint-elle 91 €/EMP et 111 € aides incluses, sans ICHN, précise Anne-Marie Bolot.
Système non conventionnel
Sur le second site, pour ne pas investir dans un nouveau bâtiment et valoriser l’herbe au maximum, le Pôle Régional Ovin a opté pour une conduite originale. Il s’agit d’un système ovin en plein air avec mise bas et lactation à l’herbe, associé à un atelier d’engraissement de bovins d’embouche. Une conduite en pâturage mixte permettant de lutter contre le parasitisme, tout en prenant en compte la problématique de la prédation.
Sur cette exploitation où étaient élevés autrefois des bovins charolais, d’imposantes clôtures électriques fixes, « agréées plan loup » (sept fils électrifiés), ont été installées sur les 75 hectares d’herbages. Les parcelles ont été équipées pour un agnelage en plein air et un pâturage tournant : cloisonnement en huit paddocks avec des clôtures électriques mobiles, dispositif d’abreuvement…
Agnelages en plein air…
Lors des agnelages, les brebis qui mettent bas sont isolées 24 heures dans une case d’agnelage en plein air, le temps s’assurer les soins nécessaires et le bouclage. Elles rejoignent ensuite le reste de la troupe pour être regroupées progressivement en lot de 80 brebis suitées conduites en pâturage tournant dynamique. Elles changent alors de paddocks toutes les 48 heures et ce jusqu’au sevrage. Les agneaux sont finis en bâtiment.
Cette conduite calée sur la pousse de l’herbe dispense de distribuer des concentrés aux brebis. Les résultats de cet itinéraire un peu hors norme sont assez édifiants. La fertilité de ces brebis F1 conduites en plein air atteint 93 % (2025). La prolificité 224 % et la mortalité 12 %. « C’est impressionnant comme elles s’adaptent », commente Laurent Solas.
Et des bovins d’embouche…
Parallèlement, des vaches de reforme sont achetées maigres en automne. Elles passent l’hiver dans la stabulation de la ferme où elles reçoivent de l’enrubannage d’herbe puis elles vont au pâturage à partir du 15 mars pour une finition sans concentré. Les parcelles accueillent également des génisses montbéliardes du lycée de Fontaine. L’objectif est de valoriser les excédents d’herbe, tout en luttant contre le parasitisme.
Perrine Rolland-Muquet est la nouvelle directrice de l’exploitation du Pôle régional ovin de Charolles. En poste depuis peu, elle succède à Michaël Floquet à la tête de la ferme.
Originaire du Vercors, Perrine a effectué un BTS production animale en apprentissage pendant lequel elle dit avoir « beaucoup baigné dans l’élevage laitier ». Après un an de prépa, elle a intégré l’école d’ingénieur de Dijon dans le cadre d’un parcours IAE. Ce cursus particulier l’a fait intégrer directement le ministère de l’Agriculture pour devenir (au sein de l’EPL de Fontaine) directrice d’exploitation à Charolles, ce à quoi elle se destinait. Enthousiasmée par son nouvel emploi, la jeune femme est heureuse de se familiariser avec la production allaitante. Elle est surtout enchantée par l’exploitation dont elle a pris la responsabilité. « Une exploitation qui tourne bien avec des salariés très au point. Pour une prise de poste, on ne peut pas rêver mieux ! », s’exclame-t-elle. À la tête de cet élevage modèle, en équipe avec Laurent Solas, et en lien étroit avec le lycée de Fontaines, Perrine est surtout impatiente de diriger ce « support technique du Pôle ovin, où sont testées pour les éleveurs des choses viables ».



