À Port-sur-Saône, 43 élèves agricoles de Franche-Comté ont participé à la finale régionale des Ovinpiades. Une compétition technique et conviviale qui vise à susciter des vocations et à répondre aux enjeux d’avenir de la filière ovine. Léa Coulon et Julian Perraud, élèves au lycée Granvelle de Dannemarie-sur-Crête, ont remporté les deux premières places. Ils représenteront la Franche-Comté lors de la finale nationale, organisée au Salon international de l’agriculture à Paris, le 21 février 2026.
Créées il y a plus de vingt ans, les Ovinpiades des jeunes bergers sont devenues un rendez-vous incontournable pour la filière ovine. Organisé par Interbev Ovins et l’ensemble des acteurs de la filière dans le cadre du programme Inn’ovin, ce concours s’adresse aux élèves de l’enseignement agricole âgés de 16 à 25 ans. Son objectif est clair : faire découvrir la diversité et la technicité du métier d’éleveur ovin, et susciter des vocations dans un contexte de renouvellement des générations.
« L’objectif est de donner envie aux jeunes de s’installer en élevage ovin, en leur faisant découvrir les différentes facettes du métier », explique Agathe Chevalier, animatrice du programme Inn’ovin à la Chambre régionale d’agriculture. « C’est une activité très technique par certains aspects, et certains élèves se découvrent une véritable passion pour le mouton à l’occasion des Ovinpiades. » Chaque hiver, les sélections territoriales se succèdent dans les lycées agricoles et les centres de formation. À chaque finale régionale, deux lauréats décrochent leur billet pour la finale nationale, disputée à Paris dans le cadre du Salon international de l’agriculture.
La troupe ovine de la ferme du lycée
À Port-sur-Saône, les candidats venus des établissements de Doucier (Jura), Levier et Dannemarie-sur-Crête (Doubs) et Vesoul ont ainsi été confrontés à des situations très proches du quotidien d’un élevage : parage des onglons, tri d’animaux, évaluation sanitaire, reconnaissance de races, ou encore choix de reproducteurs en fonction d’un scénario donné. Autant d’épreuves conçues pour confronter les élèves à la réalité du métier, dans ses dimensions à la fois techniques, organisationnelles et humaines. Ils ont pu s’exercer en condition réelle sur des animaux de la troupe ovine de la ferme du lycée agricole (125 têtes), un troupeau pédagogique de races croisées (Île de France et Blanche du Massif Central) dédié à la production d’agneaux de chair.
Encadrés et évalués par des professionnels — éleveurs ovins, techniciens et enseignants — les élèves ont dû faire preuve à la fois de précision, de rapidité et de sang-froid. « Pour chaque épreuve, le jury est composé de deux ou trois personnes : un éleveur, un technicien et/ou un enseignant agricole », précise Ludovic Deret, proviseur de Vesoul Agrocampus, heureux d’accueillir parmi les jurés plusieurs anciens élèves désormais installés. Parmi eux, Marine Gauthier, qui officie à l’atelier de parage des onglons, heureuse participante des ovinpiades en 2023 puisqu’elle s’était qualifiée pour Paris, s’est récemment installée sur l’élevage ovin familial.
Précision du geste et gestion du stress
Certaines épreuves demandent une grande maîtrise des gestes. Le parage, par exemple, nécessite à la fois une manipulation sûre de l’animal, une bonne connaissance de l’anatomie du pied et une exécution rapide et précise. L’épreuve de tri au portillon, quant à elle, évalue la capacité des candidats à isoler des brebis repérées au sein d’un lot, en utilisant un couloir de contention et un lecteur électronique. « Il faut du savoir-faire pour inciter les brebis à avancer et franchir le portillon, mais aussi une part de chance », sourit Julian Perraud. « Quand ça a été mon tour, elles se sont présentées dans l’ordre du tri. Incroyable ! »
Les épreuves sanitaires plongent également les élèves au cœur des enjeux de bien-être animal et de santé publique. Les candidats doivent contenir une brebis, évaluer sa note d’état corporel, prendre sa température, observer la dentition, la mamelle, les pieds ou encore la troisième paupière, afin de détecter d’éventuels signes de maladie. Ces situations permettent de sensibiliser les futurs éleveurs à l’importance de la prévention, notamment pour limiter l’apparition de pathologies comme le piétin.
Former de futurs éleveurs
Au-delà de la compétition, les Ovinpiades s’inscrivent dans une dynamique plus large de structuration et de développement de la filière ovine. En France, plus d’un agneau sur deux consommé est importé. Face à ce constat, la filière s’est fixé un objectif à la fois ambitieux et réaliste : produire un million d’agneaux français supplémentaires par an. L’enjeu est multiple : sécuriser l’approvisionnement national en viande ovine de qualité, réduire la dépendance aux importations, soutenir la rémunération des éleveurs, préserver les paysages par le pâturage et limiter l’empreinte carbone grâce à une production locale et herbagère.
Les épreuves de génétique et d’engraissement répondent directement à ces enjeux. Les candidats doivent choisir, parmi un lot de béliers, celui qui correspond le mieux à une problématique d’élevage donnée : croisement terminal, renouvellement du troupeau, amélioration bouchère ou adaptation à un territoire spécifique. Ils sont également amenés à évaluer l’état d’engraissement et de finition d’agneaux, afin de produire des animaux adaptés aux attentes du marché.
Cette immersion dans le quotidien d’un éleveur révèle un métier à la fois moderne et profondément humain, fondé sur des savoir-faire précis, mais aussi sur des choix d’organisation, de matériel et de système de production. « Les Ovinpiades montrent que l’élevage ovin est une activité à la fois high-tech et ancrée dans le vivant », souligne Agathe Chevalier. « C’est un métier exigeant, mais porteur de sens. »
À l’issue de cette finale régionale, Léa Coulon et Julian Perraud représenteront donc la Franche-Comté — aux côtés des lauréats bourguignons — lors de la finale nationale à Paris. Face à 36 autres candidats venus de toute la France, ils tenteront de décrocher le titre de Meilleur Jeune Berger de France 2026. Une belle récompense pour ces jeunes passionnés, et un signal encourageant pour l’avenir de la filière ovine.



