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Mouches : agir dès maintenant pour ne pas subir tout l’été

a conduite du troupeau est aussi facteur de résilience face aux bioagresseurs que sont les mouches : ration équilibrée, eau de qualité, couchage propre et confortable… sont autant d’éléments favorables. Crédit photo : AC
a conduite du troupeau est aussi facteur de résilience face aux bioagresseurs que sont les mouches : ration équilibrée, eau de qualité, couchage propre et confortable… sont autant d’éléments favorables. Crédit photo : AC

Avec la douceur de ce printemps précoce, les mouches ont pris de l'avance. Source d’inconfort et de pertes de production, elles constituent aussi un risque sanitaire renforcé dans le contexte actuel de circulation des stomoxes, impliqués dans la diffusion de certaines maladies vectorielles. La parade existe, mais elle commence avant l’invasion.

Les premières chaleurs suffisent à remettre en route une mécanique bien connue… et redoutable. Dès 8 °C, les mouches recommencent à pondre. Or, avec des températures déjà durablement installées au-dessus de ce seuil, les cycles biologiques s’accélèrent dans les bâtiments. Une mouche domestique, dont le développement demande encore une cinquantaine de jours à 16 °C, boucle son cycle en à peine dix jours lorsque le thermomètre grimpe autour de 25 °C. Et chaque femelle peut déposer de 500 à 800 œufs.

Autrement dit : lorsque les premières mouches adultes deviennent visibles, l’élevage héberge déjà des milliers de larves en devenir. C’est pourquoi tous les techniciens insistent sur le même point : traiter seulement les adultes en été revient à écoper une barque percée.

Un nuisible loin d’être anodin

L’image de la mouche comme simple désagrément est largement sous-estimée. Sur les animaux, l’agacement permanent se traduit par des coups de queue, des piétinements, moins de temps passé à s’alimenter ou à ruminer, davantage de stress et de dépenses énergétiques inutiles. Les références disponibles font état de pertes zootechniques loin d’être anecdotiques : baisse de production laitière, ralentissement de croissance chez les jeunes bovins, décrochages plus fréquents en salle de traite.

Le Dr vétérinaire Christophe Sudraud rappelle ainsi qu’une centaine de mouches sur une génisse peuvent coûter jusqu’à 7 kg de croissance, tandis qu’une trentaine de mouches par vache suffit déjà à pénaliser la production laitière. Certaines études évoquent jusqu’à 20 kg de lait perdus par semaine et par vache dans les troupeaux fortement infestés.

À cela s’ajoute le risque sanitaire. Une mouche transporte des millions de bactéries et passe sans transition des matières organiques souillées aux yeux, aux trayons ou aux plaies. Kératoconjonctivites, mammites estivales, contaminations diverses par staphylocoques, streptocoques ou pasteurelles : les insectes jouent un rôle de véritables seringues volantes. Cette dimension prend un relief particulier cette année avec la vigilance portée aux stomoxes, ces mouches piqueuses hématophages régulièrement citées parmi les vecteurs de maladies émergentes comme la DNC.

Le vrai combat se joue sur les larves

Dans 90 % des cas, les mouches présentes dans un élevage y sont nées. La priorité n’est donc pas de les chasser quand elles volent, mais d’empêcher leur naissance.

Leurs zones favorites sont connues : fumier humide, litières tassées en périphérie, dessous d’abreuvoirs, lisier mal raclé, fonds de seaux de lait, niches à veaux mal lavées, amas de matière organique tranquilles et chauds. C’est là que doivent porter les premiers efforts.

Le curage régulier, la suppression des flaques, la réparation des fuites d’eau, l’éloignement des tas de fumier, le retournement de ceux-ci toutes les deux semaines, un lavage soigneux des cases et du matériel d’allaitement constituent la première ligne de défense. Cette hygiène de printemps, souvent jugée banale, est en réalité l’action la plus rentable.

En élevage conventionnel, les larvicides gardent tout leur intérêt à condition d’être appliqués tôt, dès avril ou mai, puis renouvelés. En bio ou dans les démarches limitant les intrants, le recours à des auxiliaires naturels se développe : acariens prédateurs, micro-guêpes parasites, mouches prédatrices. Leur efficacité dépend toutefois d’une mise en place précoce et d’un environnement déjà assaini.

Au pâturage, l’ébousage et la présence de haies ou d’arbres favorisent aussi les prédateurs naturels, des oiseaux insectivores aux coléoptères.

Adultes : contenir plutôt qu’espérer éradiquer

Une fois la pullulation installée, aucune solution miracle n’existe. Les rubans collants, pièges à appâts, destructeurs électriques, ventilation ou brumisation permettent de réduire la pression, notamment dans les salles de traite où le calme des animaux conditionne aussi la qualité du travail. Certains éleveurs utilisent également des répulsifs ou des mélanges d’huiles essentielles au pâturage avec des résultats intéressants sur le comportement.

Mais ces moyens restent des outils d’accompagnement. Ils ne compensent jamais un retard pris sur la prévention.