À Vesoul Agrocampus, élèves et enseignants ont mené fin février une expérimentation grandeur nature de déprimage d’un blé au stade plein tallage. Une pratique ancienne remise au goût du jour, à la croisée des enjeux agronomiques, économiques et pédagogiques.
Profitant d’une fenêtre météo favorable en cette fin février, la troupe ovine du lycée agricole de Vesoul a investi une micro-parcelle d’environ 50 ares semée en blé à l'automne dernier. Objectif : observer les effets d’un pâturage précoce, ou déprimage, sur la culture et mesurer ses impacts agronomiques.
Avant même le lâcher des brebis, les élèves de seconde professionnelle CEC avaient préparé minutieusement l’essai. « Nous avons travaillé plusieurs semaines sur la notion de déprimage, à partir de recherches et de vidéos, avant de rédiger nous-mêmes un protocole expérimental », explique Muriel Gérard, enseignante en agronomie. Validé par l’équipe technique de l’exploitation, le dispositif a ensuite dû attendre… les bonnes conditions pédoclimatiques, deux fois reportées en cette fin d'hiver marqué par des pluies incessantes.
Mesurer avant d’observer
Mardi après-midi, les seize élèves ont pris possession de la parcelle, organisés en binômes. Avant l’entrée des animaux, plusieurs indicateurs ont été relevés afin de comparer ensuite la modalité pâturée avec une zone témoin : biomasse aérienne mesurée à l’herbomètre et par prélèvements, comptage des pieds de blé ou encore évaluation de la pression adventice.
Une fois l’enclos mobile installé, les brebis ont été introduites sur la parcelle. Elles doivent séjourner là 48 heures, histoire de consommer l’essentiel de la biomasse verte disponible, mais sans compromettre le développement ultérieur de la culture. « Les références bibliographiques sur le pâturage du blé en herbe par des ovins indiquent qu'il faut appliquer une forte pression (par le chargement) sur un bref laps de temps, afin de bénéficier de tous les avantages attendus, tels que le désherbage sélectif, la stimulation de la pousse, la fertilisation... sans les inconvénients du tassement et du sur-pâturage. » La forte appétence de cette verdure, conjuguée aux rayons de soleils printaniers, ont aussi probablement eu un effet bénéfique sur la santé générale de la troupe de brebis.
Le suivi s’est poursuivi dès le surlendemain avec de nouvelles mesures sur la zone déprimée afin d’évaluer l’impact du passage du troupeau sur le peuplement et la repousse du blé.
Une pratique aux multiples intérêts
Le déprimage consiste à faire pâturer un blé en sortie d’hiver, généralement entre le tallage et le début de montaison. Bien maîtrisée, la technique permet de valoriser une ressource fourragère précoce tout en limitant le développement excessif de la végétation.
Pour les éleveurs, l’intérêt est double : produire de l’herbe « gratuite » en période de transition alimentaire et réduire les besoins en fourrages stockés. Côté culture, le pâturage peut favoriser le tallage, contenir certaines adventices et parfois améliorer la résistance à la verse, à condition d’éviter tout excès de chargement ou d’intervenir sur sol portant.
Un support pédagogique grandeur nature
Au-delà des résultats agronomiques attendus, l’expérimentation constitue surtout un outil pédagogique concret. « Les élèves suivent toutes les étapes : conception de l’essai, mesures de terrain, puis traitement des données », souligne Muriel Gérard. La prochaine séance sera d’ailleurs consacrée à l’analyse des premiers résultats et à l’interprétation des écarts entre modalités.
Cette approche illustre aussi le rapprochement croissant entre élevage et grandes cultures, dans une logique de complémentarité des systèmes. À l’heure où autonomie fourragère, réduction des intrants et adaptation climatique deviennent des priorités, le retour d’animaux dans les parcelles céréalières suscite un regain d’intérêt.
À Vesoul Agrocampus, les brebis auront donc, le temps d’une après-midi d’hiver, servi bien plus qu’à pâturer un blé : elles auront surtout permis aux futurs agriculteurs d’expérimenter, concrètement, l’agronomie en action.



