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Le pâturage tournant, premier antiparasitaire !

Le pâturage tournant dynamique constitue un puissant levier pour diminuer drastiquement la pression parasitaire et l’exposition des bovins. Crédit photo : AC
Le pâturage tournant dynamique constitue un puissant levier pour diminuer drastiquement la pression parasitaire et l’exposition des bovins. Crédit photo : AC

Strongles digestifs ou pulmonaires, douves, paramphistomes… Avec le retour à l’herbe, la pression parasitaire se remet en place silencieusement dans les troupeaux. Lors de la journée technique prairies organisée par Interval, le Dr vétérinaire Christophe Sudraud a rappelé une évidence trop souvent oubliée : la meilleure économie d’antiparasitaires commence par l’observation… et par la conduite du pâturage.

« Le retour sur investissement d’un antiparasitaire, cela ne se raisonne pas au pif : il faut avoir l’œil et passer du temps à observer ses animaux. » Le message de Christophe Sudraud a le mérite de la clarté. Car en matière de parasitisme, l’erreur la plus fréquente est double : traiter systématiquement sans savoir… ou, à l’inverse, ne rien faire faute de symptômes spectaculaires.

Or les parasites internes travaillent souvent à bas bruit. « Une vache qui tousse doit faire suspecter une bronchite vermineuse, et c’est une maladie qui peut être mortelle. Mais la difficulté, c’est que les signes sont multiples et rarement spécifiques : troubles digestifs, poil piqué, baisse d’immunité, problèmes de reproduction, chute de lait, anémie… On passe facilement à côté. » Derrière un lot qui patine, une croissance décevante ou des femelles moins en forme qu’à l’habitude, la cause parasitaire est régulièrement sous-estimée, noyée parmi d’autres sources telles que la météo.

Dans le Nord-Est, les éleveurs doivent d’ailleurs composer avec une palette de bioagresseurs particulièrement large : strongles gastro-intestinaux, strongles pulmonaires, mais aussi trématodes comme la grande douve, le paramphistome ou la petite douve. La grande douve et le paramphistome affectionnent les pâtures humides et zones à limnées, quand la petite douve se rencontre volontiers sur des terrains plus secs et calcaires ; tous provoquent amaigrissement, baisse de performances, diarrhées ou troubles de fertilité souvent peu caractéristiques.

Diagnostiquer avant de dégainer le traitement

Pour Christophe Sudraud, la clé est donc de sortir de l’approximation. « Seules les analyses permettent d’en avoir le cœur net. Coproscopies, dosages de pepsinogènes, éventuellement sérologies : il faut raisonner par lot pour identifier précisément quels parasites posent problème et à quel niveau. » L’enjeu est économique autant que sanitaire. Car un traitement inutile coûte cher, mais une infestation sous-estimée coûte souvent davantage. « En voulant économiser un antiparasitaire quand il est justifié, on finit par augmenter ses charges alimentaires. On remet du concentré pour compenser des croissances qui ne décollent pas, sans traiter la cause. »

Cette recherche de précision devient d’autant plus nécessaire que l’usage des molécules antiparasitaires est appelé à se resserrer sous la pression environnementale. Résidus dans l’eau, impact sur l’entomofaune coprophage, vigilance réglementaire : la période du “vermifuge parapluie” touche à sa fin.

Raser trop court, c’est nourrir les larves

Mais la démonstration la plus parlante de l’intervenant concernait surtout la conduite de l’herbe. « Il faut avoir en tête que 95 % des larves infestantes se trouvent à moins de 5 cm du sol. Chaque fois qu’on surpâture, on force les animaux à récolter des parasites avec l’herbe. »

Le phénomène s’amplifie au fil de la saison : plus l’été avance, plus la concentration de larves L3 explose dans les zones déjà pâturées. D’où l’intérêt du pâturage tournant dynamique, qui agit comme un véritable levier sanitaire. En limitant le temps de présence sur une parcelle et en allongeant les temps de repos, on casse la dynamique de réinfestation tout en valorisant mieux l’herbe. « Les retours de terrain sont impressionnants : simplement en divisant par trois une parcelle conduite auparavant en pâturage libre, on abaisse de 70 à 80 % la charge parasitaire. Imaginez ce que cela donne avec de vrais paddocks ! »

Le vétérinaire cite le cas d’un élevage charolais suivi en broutards : « Avec l’introduction du pâturage tournant dynamique, on est passé de 800 à 350 kg de céréales distribués par animal sans perdre de croissance. Le PTD est le premier levier économique à activer. Il permet à la fois de réduire la pression parasitaire, d’économiser du concentré et de raisonner beaucoup plus finement les traitements. »