Epizooties, maladies émergentes, cohabitation avec la faune sauvage, mondialisation… les éleveurs franc-comtois doivent composer avec des risques sanitaires de plus en plus complexes : Interporc Franche-Comté appelle à renforcer les dispositifs collectifs, sans ignorer les réalités du terrain.
La menace est là, silencieuse mais bien réelle. La peste porcine africaine (FPA), longtemps cantonnée aux marges de l’Europe, a désormais franchi les portes de l’Union. « Ce n’est plus une question de “si”, mais de “quand” », résume un technicien d’Interporc. Et derrière la FPA, d’autres épizooties pointent à l’horizon, favorisées par les flux mondialisés et le réchauffement climatique.
Dans ce contexte, l’interprofession appelle à la vigilance. Pas seulement individuelle, mais collective, fondée sur des outils robustes et adaptés aux conditions locales. Car entre élevages familiaux, exploitations professionnelles et sangliers en liberté, la porosité des frontières biologiques devient un casse-tête sanitaire.
Un réseau sanitaire bien structuré… mais sous tension
Depuis plus de dix ans, la Franche-Comté s’est dotée d’un dispositif sanitaire structuré autour du GDS BFC, avec une articulation entre les actions « amont » (suivi SDRP, biosécurité, transport) et « aval » (qualité, sécurité alimentaire, procédures de crise) pilotées par Interporc et ses partenaires.
En 2024, la section porcine a renforcé ses outils : cartographie interactive des sites d’élevage pour une alerte rapide en cas de foyer, newsletters de sensibilisation, formation de douze auditeurs pour les audits biosécurité, participation à deux exercices de crise avec les services vétérinaires.
Mais la complexité s’accroît. En Franche-Comté, 266 détenteurs de suidés sont recensés, dont de nombreux particuliers. Certains porcs, parfois nourris de vestiges alimentaires, échappent aux circuits déclaratifs. Un point de vigilance absolue, d’autant que la biosécurité commence souvent… dans la cour de la ferme.
Cohabitation à haut risque
Autre source d’inquiétude : la faune sauvage. Les sangliers, dont certains sont élevés en semi-liberté pour la chasse, constituent un vecteur potentiel de maladies, notamment pour les élevages de plein-air, difficiles d’isoler totalement de leur environnement naturel. Le rapport moral évoque avec force la nécessité de prendre ces réalités de terrain en compte dans les dispositifs.
Les clôtures, la séparation des flux, la gestion rigoureuse des effluents et du matériel sont devenues des priorités pour les éleveurs. « Mais cela suppose du temps, des compétences, et surtout des moyens », rappelle Jean-Michel Guignard, président d’Interporc FC. La MSA a ainsi soutenu l’achat de bras d’Hercule dans trois exploitations, pour améliorer les conditions de travail et la sécurité sanitaire.
Anticiper plutôt que subir
« Nous devons aussi nous préparer à la prochaine crise », insiste Jean-Michel Guignard. C’est pourquoi Interporc milite pour des plans de gestion de crise révisés, pour plus de coordination avec les administrations et pour une meilleure reconnaissance des spécificités porcines dans les dispositifs régionaux.
L’interprofession s’implique également dans la formation continue. En 2024, une session de 7 heures sur le bien-être animal a réuni 8 éleveurs autour d’ateliers pratiques. Une approche participative qui facilite la diffusion des bonnes pratiques tout en créant du lien entre professionnels.
Santé animale et résilience économique
Ce travail en profondeur sur la prévention sanitaire est indissociable d’un enjeu plus large : la pérennité d’une filière fragile, mais essentielle à l’agriculture régionale. La complémentarité avec les élevages laitiers, via la valorisation du lactosérum ou l’usage du lisier, renforce l’utilité collective de la production porcine.
Dans une logique de circularité, la présence d’ateliers porcins contribue à la fertilité des sols, au maintien d’outils d’abattage multi-espèces et à la fabrication de produits emblématiques comme les saucisses IGP. Sans eux, une part du patrimoine gastronomique et économique franc-comtois vacillerait.
Préparer les crises à venir, c’est donc aussi défendre un modèle d’élevage enraciné dans son territoire. Pour cela, il faut des éleveurs formés, des organisations professionnelles solides, des partenaires engagés. Et une société prête à entendre une autre voix que celle des préjugés.



