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Assemblée générale de la Cobevim : résultats au top dans une filière en tension

Tout le personnel (présent sur scène) et les partenaires ont été chaleureusement remercié pour leurs contributions à cette réussite. Crédit photo : Justine Joris
Tout le personnel (présent sur scène) et les partenaires ont été chaleureusement remercié pour leurs contributions à cette réussite. Crédit photo : Justine Joris

Malgré une baisse historique des volumes collectés, la coopérative ovine Cobevim signe une année 2024 record, portée par des prix d’agneaux inédits. Mais en arrière-plan les problèmes sanitaires, démographiques et environnementaux structurels compromettent l’avenir de la filière.

Réunis en assemblée générale le 27 juin à Vittel (Vosges), les adhérents de Cobevim ont pris connaissance de résultats exceptionnels : un chiffre d’affaires de 21,37 millions d’euros, en hausse de 4,86 %, pour un prix moyen de l’agneau à 8,96 €/kg, atteignant même 11 €/kg dans certaines catégories au printemps 2025. « Ce plafond sera encore explosé en 2025 sans problème », affirme le directeur David Thenail, qui voit dans cette envolée tarifaire « une rémunération enfin à la hauteur des attentes des éleveurs ». Pourtant, la coopérative n’échappe pas à la déprime de la production ovine nationale. Le nombre d’animaux collectés chute à 90 500 têtes (-5,5 %), un plus bas depuis quinze ans. En cause : les effets conjugués de la FCO, de la météo 2024 et du parasitisme. La baisse du cheptel se confirme, nourrie par un recul du nombre de brebis par installation et le non-remplacement des gros troupeaux ovins au moment des transmissions. « Ces prix jamais atteints en auraient fait rêver plus d’un il y a 10 ans », souligne le président Stéphane Roussey. « Malgré cela, il faut susciter de nouvelles vocations afin d’augmenter l’offre et éviter l’érosion de la filière. Nous devons produire davantage pour éviter la fuite du consommateur. »

FCO : un cheptel touché à 10 %

La fièvre catarrhale ovine (FCO) a frappé durement le Grand Est, avec une perte de 10 % de l’effectif des brebis en moyenne, et des élevages enregistrant jusqu’à 30 % de mortalité. Ces pertes vont désorganiser la filière jusqu’en 2027. Stéphane Roussey alerte : « Si Cobevim termine l’année 2025 avec -10 % de collecte, ce sera un moindre mal dans un contexte si particulier. » Il appelle aussi à revoir les critères d’éligibilité aux aides, trop restrictifs : « Certaines exploitations très touchées ne rentrent pas dans le dispositif. Nous comptons sur le bon sens de la Région. »

Loup : un animal ‘’prédaté’’ par jour

La prédation par le loup cristallise l’exaspération. Depuis novembre 2024, 53 attaques ont été recensées en Haute-Marne, faisant 171 ovins tués et 64 blessés. « Un ovin par jour, c’est catastrophique ! », tonne le président. Il réclame « des mesures efficaces, rapides, davantage de pouvoir pour les préfets et le retour d’une brigade Loup efficace ». Le ton se fait grave : « Le désarroi des éleveurs est trop pris à la légère. L’État n’intervient pas, il va bientôt être trop tard. »

Laine et approvisionnement : des contrastes

Côté laine, la situation reste tendue. Si 361 tonnes ont été collectées, les prix sont dérisoires. « Nous essuyons encore les plâtres d’une crise post-Covid où l’offre a explosé et la demande s’est effondrée », regrette David Thenail. Ce service, bien que non rentable, est maintenu « par solidarité envers les éleveurs ».

L’activité approvisionnement, en recul pour la première fois depuis quinze ans (5,37 M€, -7,8 %), pourrait rebondir dès 2025 grâce à un partenariat avec Bergers du Nord Est (BNE). Objectif : 6 M€ d’ici 2026.

Label, consommation, agrivoltaïsme

Alors que le label qualité voit ses prix se rapprocher des agneaux standard, certains éleveurs s’interrogent. Mais le directeur les rassure : « Les labels restent un levier de valorisation fort. Abandonner les signes de qualité, c’est s’exposer à des fluctuations brutales. » Sur le front de la consommation, la baisse de 8 % depuis le début d’année est jugée préoccupante mais « liée uniquement à un manque d’offre », insiste Stéphane Roussey : « Un produit non présenté ne se vend pas. »

Quant à l’agrivoltaïsme, il est vu comme une solution d’avenir. Mais pour l’instant, « les projets avancent trop lentement », regrette le président, qui plaide pour « plus de visibilité et des calendriers précis ».

Installation : « Il faut continuer à faire rêver »

Enfin, Julie Belargent, éleveuse et administratrice MSA, appelle à faciliter l’installation des jeunes : « Les banques doivent être moins frileuses, les transmissions simplifiées. Et nous, producteurs, devons rester disponibles pour transmettre. Le métier ne fait plus rêver, mais il faut continuer à faire naître des vocations. »