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Ray-grass : des impasses de plus en plus fréquentes

Avec les vulpins, les ray-grass sont les adventices les plus citées comme problématiques par les agriculteurs enquêtés.
Avec les vulpins, les ray-grass sont les adventices les plus citées comme problématiques par les agriculteurs enquêtés.

Le ray-grass gagne du terrain dans les parcelles françaises, même dans les rotations avec des cultures de printemps. Face à cette adventice devenue difficile à maîtriser, les spécialistes insistent sur la nécessité de combiner leviers chimiques et agronomiques, sous peine de voir certaines situations devenir inextricables.

« C’est une adventice de plus en plus présente, même dans les rotations avec cultures de printemps, et qui devient de plus en plus difficile à détruire  », alerte Emeric Courbet. Le technicien rappelle que l’efficacité des programmes de désherbage repose désormais sur des interventions très précoces, « avant le stade 2 à 3 feuilles du ray-grass  », souvent en deux voire trois passages.

Le problème est que les matières actives réellement efficaces se raréfient. En maïs, les solutions reposent notamment sur le dmta-p ou la terbuthylazine en prélevée, puis sur quelques sulfonylurées comme le foramsulfuron, le nicosulfuron ou le rimsulfuron. « Encore faut-il que les populations ne soient pas résistantes », souligne Emeric Courbet.

Sur les parcelles à forte pression, les techniciens conseillent d’attendre une pluie suffisante pour activer les herbicides de prélevée et favoriser la levée des adventices avant intervention. Les spécialités à base de foramsulfuron ou de rimsulfuron restent aujourd’hui parmi les plus mobilisées sur ray-grass. Mais pour les spécialistes, les limites des herbicides sont désormais évidentes. « L’efficacité de ces produits reste le plus souvent insuffisante  », résume le conseiller haut-saônois.

Labour, faux-semis et diversification des rotations

Face à ces limites, les méthodes agronomiques redeviennent incontournables. Labour occasionnel, faux-semis, binage du maïs ou diversification des rotations figurent parmi les principaux leviers recommandés. Cette analyse rejoint les conclusions nationales du projet ARVALIS Institut du végétal dans le cadre du programme GRAMICIBLE. Selon l’enquête menée en 2025 auprès de plus de 80 organismes techniques et coopératives, le ray-grass est désormais signalé sur l’ensemble du territoire français. Dotée d’une grande capacité d’adaptation, cette graminée peut lever pratiquement toute l’année.

Les experts identifient trois causes majeures à la dégradation des situations : d’abord le développement des résistances aux herbicides, mais aussi des rotations culturales trop courtes, en enfin des conditions climatiques compliquant les interventions. Les campagnes humides de ces dernières années ont notamment réduit les fenêtres de désherbage mécanique ou chimique. Les systèmes sans labour apparaissent particulièrement exposés lorsqu’ils ne disposent plus de leviers alternatifs.

Les sols hydromorphes ou argileux aggravent encore les difficultés, tout comme l’absence de cultures de printemps dans les rotations. « Les rotations courtes réduisent les opportunités en interculture et limitent l’accès aux molécules herbicides », soulignent les experts d’ARVALIS.

Des situations parfois proches de l’impasse

Le manque de temps est également cité comme facteur aggravant. Agrandissement des exploitations, simplification des pratiques, recours accru à la prestation ou entretien insuffisant du matériel contribuent à la diffusion des adventices. Certaines pratiques favorisent notamment le transport des graines d’une parcelle à l’autre, par exemple via les moissonneuses-batteuses insuffisamment nettoyées. Les résultats de l’enquête nationale menée auprès de 1 398 agriculteurs illustrent l’ampleur du phénomène : 72 % des répondants déclarent rencontrer des problèmes de désherbage impactant leur production ; parmi eux, 81 % estiment que la situation continue de se dégrader ; enfin 85 % évoquent des problèmes de résistances sur les graminées d’automne.

Le ray-grass et le vulpin représentent à eux seuls plus de la moitié des adventices citées comme problématiques. Pour les techniciens, le message est clair : aucune solution unique ne permettra de résoudre durablement le problème. La gestion du ray-grass passe désormais par une combinaison rigoureuse de leviers chimiques, agronomiques et organisationnels afin de limiter l’augmentation des stocks semenciers et préserver les rares solutions encore efficaces.