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Profiter de l’interculture pour reprendre l’avantage sur les chardons

Chardons. © Photo sous licence CC
Chardons. © Photo sous licence CC

La moisson ne marque pas la fin de la lutte contre le chardon des champs. Bien au contraire. L’interculture constitue une période stratégique pour affaiblir cette adventice vivace particulièrement envahissante, dont la maîtrise est désormais une obligation réglementaire en Haute-Saône.

Redouté des agriculteurs, notamment en agriculture biologique, le chardon des champs (Cirsium arvense) doit sa capacité de nuisance à un système racinaire particulièrement développé. Si un pied peut produire jusqu’à plusieurs milliers de graines, la principale voie de propagation reste souterraine. Ses racines, capables de descendre à plusieurs mètres de profondeur, portent de nombreux bourgeons qui donnent naissance à de nouveaux drageons. Sans intervention, les foyers progressent d’année en année et peuvent gagner plusieurs mètres de diamètre. La plante colonise aussi bien les cultures que les prairies, jachères, bords de route ou friches. Face à sa progression, le préfet de la Haute-Saône a rendu sa lutte obligatoire par arrêté en septembre 2024.

Une obligation pour tous

Depuis cette décision, propriétaires, exploitants agricoles, collectivités, entreprises et particuliers sont tenus de lutter contre le chardon entre le 1er mai et le 31 octobre. L’objectif est d’éviter que des parcelles ou espaces non entretenus deviennent des réservoirs de dissémination.

Cette approche collective se justifie par la biologie même de la plante. Ses graines, munies d’aigrettes plumeuses, peuvent être transportées par le vent sur plusieurs dizaines de mètres. Surtout, les systèmes racinaires permettent au chardon de reconquérir rapidement le terrain après une simple coupe.

Miser sur l’épuisement des réserves

Après la moisson, les chardons sectionnés repartent naturellement en végétation. Cette repousse constitue justement une opportunité d’intervention. Les essais conduits par ARVALIS montrent que le labour, souvent envisagé comme une solution radicale, reste d’une efficacité limitée. La stratégie la plus performante consiste à épuiser progressivement les réserves accumulées dans les racines grâce à des déchaumages répétés. Pour être efficaces, ces interventions doivent être réalisées lorsque les chardons atteignent le stade 5 à 8 feuilles, avec un travail superficiel de 6 à 10 cm de profondeur. Les outils assurant un fort recouvrement du sol, équipés par exemple d’ailettes, donnent les meilleurs résultats. Les passages sont d’autant plus efficaces qu’ils sont réalisés par temps chaud et sec.

Cette pression mécanique doit être maintenue plusieurs années de suite pour obtenir un recul durable de l’infestation. L’introduction de cultures étouffantes, comme la luzerne, peut également contribuer à limiter son développement.

Des solutions chimiques encadrées

En interculture, trois matières actives restent autorisées contre le chardon : le glyphosate, le dicamba et le 2,4-D. Les traitements doivent être réalisés sur des plantes bien développées, mesurant environ 15 à 30 cm de hauteur, du stade 8 feuilles jusqu’à l’apparition des premiers boutons floraux. L’efficacité du glyphosate seul demeure souvent limitée sur cette vivace. Des associations avec du 2,4-D peuvent améliorer les résultats, sous réserve de respecter les conditions d’emploi et les délais avant implantation de la culture suivante. Certaines espèces, notamment les crucifères comme le colza, présentent en effet une sensibilité particulière à ces substances.

En vert, les périodes de croissance quand le feuillage est présent et, en violet, les périodes de floraison.
En vert, les périodes de croissance quand le feuillage est présent et, en violet, les périodes de floraison.