Encore relativement discrète dans de nombreux secteurs, l’ambroisie à feuille d’armoise progresse néanmoins en Bourgogne-Franche-Comté. Très concurrentielle dans les cultures de printemps et redoutable pour la santé publique en raison de son pollen allergisant, cette plante invasive doit être combattue dès l’apparition des premiers foyers. Car une fois installée, la bataille devient longue et coûteuse.
« Il est urgent de sensibiliser les agriculteurs pour qu’ils s’emparent de la lutte avant qu’il ne soit trop tard. » Le message lancé par Christophe Ruffoni, vice-président de la Chambre d’agriculture de Haute-Saône, se veut avant tout préventif. Dans plusieurs secteurs de Bourgogne-Franche-Comté, l’ambroisie à feuille d’armoise gagne du terrain et les conséquences sont déjà bien visibles.
Originaire d’Amérique du Nord, cette adventice affectionne les milieux ouverts, les bords de routes, les chantiers, les friches, mais aussi les cultures de printemps telles que le tournesol ou le soja. Sa capacité d’adaptation aux conditions sèches et chaudes lui confère un avantage certain dans des années comme 2026. Son pollen, émis entre août et septembre, constitue l’une des principales causes d’allergies respiratoires dans les régions les plus touchées. Selon les données de la FREDON, une seule plante peut produire jusqu’à un milliard de grains de pollen.
Intervenir avant l’explosion des populations
Pour Emmanuel Brussey, cultivateur à Francourt et expert agricole auprès d'une compagnie d'assurance, l’expérience acquise dans d’autres régions doit servir d’avertissement. « Mon rôle d’expert m’amène à me déplacer dans tout le Grand Est et j’ai pu constater combien la situation devient dramatique lorsqu’on est débordé par l’ambroisie. J’ai vu récemment des parcelles de soja complètement envahies. C’est un spectacle de désolation. » Le danger réside dans l’extraordinaire capacité de reproduction de la plante. Les graines conservent leur pouvoir germinatif pendant de nombreuses années. La FREDON rappelle ainsi qu’une part importante du stock semencier demeure viable plusieurs années après sa production. « Une carrière d’agriculteur ne suffira parfois pas à réparer les erreurs commises aujourd’hui », résume Emmanuel Brussey. D’où l’importance d’intervenir dès les premiers pieds observés.
Des leviers agronomiques efficaces
Les spécialistes insistent sur un point : la lutte contre l’ambroisie ne repose pas uniquement sur les herbicides. Les leviers agronomiques demeurent la première ligne de défense. La rotation des cultures joue un rôle essentiel. Dans les parcelles contaminées, il est conseillé de limiter le retour des cultures les plus sensibles, comme le soja ou le tournesol, et de privilégier davantage de cultures d’hiver, notamment le colza, qui couvre efficacement le sol.
Les faux-semis et déchaumages superficiels réalisés durant l’interculture permettent également de faire lever puis de détruire une partie des jeunes ambroisies avant leur montée à graines. Cette stratégie est particulièrement intéressante juste après la récolte des céréales.
Autre levier important : éviter la dissémination. « On sait comment elle arrive : le long des routes, transportée par les véhicules, puis dans les chemins et les parcelles par les matériels agricoles », souligne Emmanuel Brussey. Le nettoyage des moissonneuses, tracteurs et outils avant de passer d’une parcelle infestée à une parcelle saine constitue donc une mesure de bon sens particulièrement efficace. Cette recommandation figure également parmi les priorités de la FREDON.
Une responsabilité collective
La lutte contre l’ambroisie dépasse largement le cadre de l’exploitation agricole. Collectivités, gestionnaires de voirie, entreprises de travaux publics, entrepreneurs de travaux agricoles et particuliers sont également concernés. L’objectif est simple : empêcher la plante de produire du pollen et surtout des graines. Chaque foyer éliminé aujourd’hui représente des milliers de graines qui ne viendront pas enrichir le stock semencier des années futures.
Pour Christophe Ruffoni, le constat est clair : « Tant que l’ambroisie reste cantonnée à quelques foyers, nous avons encore les moyens d’agir efficacement. Une fois qu’elle est installée partout, les marges de manœuvre deviennent beaucoup plus limitées. » La vigilance est donc de mise cet automne. Comme tous les citoyens français, les agriculteurs qui repèrent des pieds d’ambroisie sont tenus réglementairement à les détruire sans attendre et à signaler les foyers observés sur la plate-forme numérique prévue à cet effet.



