Pour les exploitations horticoles et maraîchères de la région, la sécheresse et les canicules successives de l’année 2026 ont de lourdes conséquences : baisse des rendements, surcroît de travail lié à l’irrigation et envolée des consommations d’eau.
Sous serre comme en plein champ, les vagues de chaleur successives de cet été ont affecté les productions horticoles et maraîchères, sur fond de sécheresse prolongée. « Depuis fin juin nous avons reçu à peine 10 mm de pluie, témoigne Adrien Baudier, maraîcher à Velleclaire, près de Gy, en Haute-Saône. Au delà de 35°C, les végétaux en C3 – c’est à dire la plupart des plantes qui poussent sous nos latitudes – ne peuvent plus réaliser la photosynthèse, car elles ferment leurs stomates pour limiter les pertes d'eau, ce qui bloque l'entrée du CO2 avec lequel elles fabriquent leurs sucres. Pendant les heures les plus chaudes les insectes pollinisateurs stoppent leurs vols. La chaleur provoque aussi des avortements floraux, qu’on appelle coulures : c’est le cas notamment des haricots, qui ne font pas de gousses… Pour d’autres plantes, la sécheresse de l’air brûle le pollen, ce qui empêche la fécondation et la formation des fruits. » Installé depuis quatre ans, le maraîcher voit les limites des équipements d’atténuation déployés, comme l’aspersion sous serre pour augmenter l’hygrométrie et le paillage, et du pilotage fin du système d’irrigation au goutte-à-goutte avec des tensiomètres. « Par rapport à certains collègues je m’estime moins défavorisé, car j’ai la chance d’avoir un sol lourd, très limoneux, riche en matière organique, sur un socle de marne quasi étanche à 40 cm de profondeur… ce qui fait que l’arrosage est efficace. » Malgré tout, les pertes de production sont de l’ordre de 15 à 20 % pour les tomates, courgettes et aubergines, bien plus importantes pour les haricots. Et ce, alors que la demande locale augmente, compte-tenu des difficultés que rencontrent aussi les jardiniers amateurs. « En parallèle, les charges ont explosé, notamment la consommation d’eau du réseau pour l’irrigation : en deux mois, nous avons déjà consommé autant d'eau que pendant toute l'année 2025. » Sans compter le surcroît de travail lié à l’arrosage, dans des conditions d’inconfort thermique pour les maraîchers.
Ressources en eau
Les Serres Chevalier, à Soing, produisent plantes à massifs, végétaux, plantes vivaces et plants de saison pour le potager ou les jardins. Avec une diversification en maraîchage et petits fruits, proposés en cueillette libre-service. « Nous avons perdu beaucoup de plants, notamment des fleurs, lors de la première vague de chaleur fin mai. Maintenant les plantes se sont adaptées, mais poussent moins bien… Au niveau des tomates, on arrive quand même à produire, mais les fruits sont plus petits que d’habitude. », relate Lætitia Chevalier, avant d’évoquer la question de la ressource en eau. « Nous avons une réserve d’eau de 60 000 litres alimentée par la collecte des eaux sur les toits de nos bâtiments, mais ça part vite et ça ne se remplit pas souvent cet été. En appoint nous utilisons l’eau du réseau communal. Nous avons fait faire plusieurs devis pour un forage et étudions aussi la possibilité d’augmenter notre réserve pour stocker davantage d’eau de pluie pendant les mois d’hiver et au printemps. »
Epuisement et découragement des producteurs
Noémie Cadoux, conseillère maraîchage à la Chambre d’agriculture du Jura, effectuait le 12 août un tour de plaine à l’initiative de la DDT pour évaluer les conséquences de cette séquence climatique inédite dans les exploitation maraîchères. « La plupart des cultures sont impactées, à des degrés très divers. Les carottes par exemple ont dû être resemées plusieurs fois, en l’absence de conditions favorables pour lever. Il y a eu beaucoup de pertes sur les jeunes plants de poireaux. Tout ce qui est légumes fruits a souffert de problèmes de fécondation… quand aux légumes-feuilles, tels que les salades, choux, épinards, ils ont grillé. » Si le préjudice total est encore difficile à estimer, certains cycles de production n’étant pas terminés, le découragement est bien là chez de nombreux professionnels, qui ont dû faire face à un surcroît de travail important pour ressemer, arroser, parfois pour de piètres résultats. Reste, en arrière-plan, que cette sécheresse prolongée pose de manière crue la question d’une politique cohérente d’accompagnement et d’aides à l’investissement d’équipements permettant le stockage de l’eau et l’irrigation.



