Assez marginales en termes d'assolement, les cultures de lin et de féverole disposent néanmoins d'atouts agronomiques de poids, en phase avec la montée en puissance des enjeux de santé humaine et de protection de la ressource en eau. Élodie Goupil, de Valorex, en a détaillé les principales facettes, à l'occasion de la journée « filière locale, du champ à l'assiette », organisée par les établissements Chays la semaine dernière.
Ingénieure chez Valorex, entreprise bretonne historiquement spécialisée dans la nutrition animale, Élodie Goupil a proposé un état des lieux des filières lin oléagineux et féverole, en remplacement de Zoé Le Bihan (Terres Inovia), initialement prévue. « Valorex est très impliquée pour soutenir la filière lin oléagineux et la filière féverole en nutrition animale », a-t-elle rappelé en introduction.
Concernant le lin, la situation européenne est marquée par un fort déséquilibre entre production et consommation. « La consommation européenne dépasse largement la production, à hauteur d’environ 75 % d’importations, principalement en provenance de Russie, du Kazakhstan et du Canada. » La Belgique constitue le principal pays consommateur de l’Union, représentant à elle seule 46 % des volumes. En France, la sole atteint environ 23 000 hectares, concentrés principalement dans le Centre-Ouest, même si d'autres bassins de production existent.
Faible IFT et allongement de la rotation
Sur le plan agronomique, le lin oléagineux présente de nombreux atouts. « C’est une culture de diversification qui allonge les rotations, avec un retour tous les cinq à six ans, et un effet structurant grâce à sa racine pivotante », souligne l’intervenante. Les variétés d’hiver résistent jusqu’à -12 °C, tandis que les types de printemps se montrent plus sensibles au stress hydrique en fin de cycle. Son itinéraire technique, caractérisé par un IFT faible, séduit les agences de l’eau. « Cette culture n’utilise pas de molécules problématiques pour la qualité de l’eau. » Elle constitue également une rupture dans les cycles des adventices et des ravageurs, étant peu appétente pour les limaces, sangliers, lapins ou taupins. « C’est aussi un faux hôte de l’orobanche du colza, ce qui permet de lutter efficacement contre ce parasite. »
L’effet précédent du lin est jugé très favorable. « On observe jusqu’à 10 % de gain de rendement sur la céréale suivante, avec moins d’intrants et une meilleure tête de rotation. » À cela s’ajoutent des bénéfices en matière de santé humaine et animale. « Les oméga 3 du lin améliorent la santé cardiovasculaire, le fonctionnement du cerveau et la régulation de l’inflammation. En élevage, leurs effets sont bien documentés : beau poil, qualité des onglons, reproduction, immunité… »
Des débouchés en augmentation
Les usages du lin sont multiples, tant en alimentation animale qu’humaine. « Ses mucilages peuvent par exemple se substituer aux œufs dans certaines recettes », précise Élodie Goupil. L’huile de lin extrudé, siccative, trouve également des applications en aquaculture, tandis que le tourteau constitue une source de protéines intéressante pour la finition des bovins. Les débouchés progressent, portés notamment par la filière Bleu-Blanc-Cœur, qui valorise le rapport oméga 3/oméga 6 dans les produits animaux. « La demande est en augmentation, tout comme les projets de valorisation des pailles, aujourd’hui en phase de recherche et développement, dans les biomatériaux ou la pâte à papier. » Une concurrence commence toutefois à apparaître avec la production de semences de lin textile dans certaines zones. Sur le plan technique, le retour de solutions de désherbage homologuées, comme le Fox, est « de nature à lever certains freins au développement de la culture ».
Élodie Goupil a ensuite fait un point sur la féverole, dont la France est devenue le premier producteur européen sur la campagne 2023-2024. Comme pour le lin, on distingue une féverole d’hiver, qui représente 74 % des surfaces, et une féverole de printemps. « Agronomiquement, la féverole allonge la rotation, structure le sol et fixe l’azote atmosphérique, ce qui est particulièrement intéressant en zones de captage et en zones vulnérables nitrates. »
Capter l'azote atmosphérique
Sa graine contient environ 38 % d’amidon, en plus de la protéine, ce qui ouvre des débouchés en aquaculture. « L’amidon est un atout majeur pour ce secteur. » Les variétés à faible teneur en tanins, reconnaissables à leurs pétales blancs, présentent en revanche un potentiel de rendement moindre. « La cuisson-extrusion permet d’éliminer les tanins, mais la vicine et la convicine font encore l’objet de programmes de sélection variétale. » La filière a également été fragilisée par le retrait d’un insecticide contre la bruche, entraînant la perte du débouché égyptien en alimentation humaine. « En alimentation animale, le manque de compétitivité tient surtout à l’absence d’une filière structurée dédiée. » Côté technique, l’intervenante a néanmoins souligné « le retour, à titre dérogatoire, d’un traitement de semence efficace contre le mildiou », susceptible de sécuriser les itinéraires.



