La journée « Ferme pilote » organisée le 27 mai à Pesmes par la Chambre d'agriculture de Haute-Saône a permis d'aborder plusieurs leviers destinés à concilier performances agronomiques et réduction des intrants. Simulations à long terme avec Florsys, stratégies d'implantation du colza et désherbage localisé par drone : autant d'outils pour accompagner l'évolution des systèmes de culture.
Comment modifier un système de culture sans prendre le risque de mettre en péril l'équilibre économique de l'exploitation ? C'est précisément la question à laquelle tente de répondre Florsys, un modèle développé par l'Inrae et présenté à Pesmes par Nicolas Cavan et Élodie Baquet. L'outil simule l'évolution des adventices, des cultures et de la biodiversité sur une parcelle virtuelle pendant trente ans. Il intègre des décennies de résultats expérimentaux et de données de terrain : dynamique des graines dans le sol, concurrence pour la lumière, consommation d'azote ou encore capacité de reproduction des adventices. Dans le cadre du projet conduit sur l’aire d'alimentation du captage de Pesmes, plusieurs scénarios ont été construits avec l'agriculteur et des exploitants du secteur, en lien avec la coopérative Interval, afin d'imaginer des systèmes moins dépendants des produits phytosanitaires. Les simulations montrent que les changements proposés ne dégradent ni le revenu de l'exploitation ni la maîtrise des adventices. En revanche, les gains environnementaux restent plus modestes que ce qu'espéraient les participants, illustrant la difficulté de faire évoluer des systèmes déjà relativement optimisés.
Le colza robuste comme assurance-récolte
Autre temps fort de la journée : les conseils d'Émeric Courbet sur la conduite du colza. Face à des automnes de plus en plus imprévisibles et à une pression croissante des ravageurs, le technicien de la Chambre d'agriculture défend une stratégie simple : « Un colza robuste est résilient. Il peut passer entre les gouttes et surprendre même les agriculteurs les plus aguerris par sa capacité de compensation. » Pour atteindre cet objectif, tout se joue dès l'implantation. Le conseiller recommande de semer le plus tôt possible lorsque les conditions le permettent, idéalement dès les premières pluies d'août. L'objectif est d'obtenir une plante suffisamment développée avant l'arrivée des grosses altises. « Les moyens insecticides efficaces se raréfient face aux grosses altises. Aujourd'hui, la meilleure protection reste un colza capable de pousser vite », rappelle-t-il. Un colza vigoureux valorise également mieux les reliquats azotés du sol, limite les besoins de fertilisation au printemps et concurrence naturellement les adventices.
L'association avec des légumineuses gélives, comme la féverole, ainsi que le recours aux amendements organiques figurent également parmi les pistes explorées pour renforcer encore la résilience de la culture.
Quand le drone guide le pulvérisateur
La réduction des phytosanitaires passe aussi par une meilleure précision des interventions. Loïc Brussey, du service agronomie de la CA70, a ainsi présenté une expérimentation de désherbage localisé conduite sur une parcelle située en aire de captage, où les concentrations en métabolites de certains herbicides dépassent régulièrement les seuils réglementaires. Le principe repose sur une cartographie fine des adventices réalisée à partir d'images aériennes prises par drone. Les clichés sont ensuite traités numériquement afin d'identifier les zones infestées et de produire une carte de modulation transmise au pulvérisateur via le système Isobus.
Grâce à la coupure automatique des buses et des tronçons, le matériel n'intervient que là où cela est nécessaire. Cette approche permet d'envisager d'importantes économies de produits tout en maintenant l'efficacité du désherbage. L'expérimentation vise également à comparer différentes stratégies alternatives sur une parcelle marquée par une forte hétérogénéité de pression, notamment en présence de chardons. Binage, désherbage électrique ou pulvérisation ciblée pourront ainsi être évalués objectivement. Au final, la journée de Pesmes a illustré la diversité des solutions aujourd'hui mobilisées pour faire évoluer les systèmes de culture. Entre modélisation, agronomie et agriculture de précision, les leviers existent ; reste à les combiner intelligemment pour répondre aux enjeux économiques et environnementaux des exploitations.



