Entre sols desséchés, levées incertaines et menace des ravageurs, la campagne de semis du colza s’annonce particulièrement délicate. Les conseillers invitent les agriculteurs à privilégier l’observation des parcelles et à ne pas se précipiter. Dans bien des situations, attendre une pluie efficace pourrait s’avérer plus judicieux qu’un semis réalisé dans la poussière.
Après un été marqué par la canicule et un déficit hydrique historique, les futurs colzas seront implantés dans des conditions souvent compliquées. Pour Emeric Courbet, conseiller grandes cultures à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône, la priorité est claire : préserver la structure des sols.
« Dans les secteurs où il n’a pratiquement pas plu, mieux vaut éviter de travailler les terres très sèches », souligne-t-il. Un travail mécanique réalisé dans ces conditions risque de pulvériser les horizons superficiels, favorisant ensuite l’érosion par le vent ou les pluies orageuses. À la première réhumidification, ces sols peuvent également reprendre en masse et devenir difficiles à reprendre.
Dans les secteurs ayant reçu plus de 50 mm de pluie, les semis peuvent en revanche débuter. Ailleurs, la prudence reste de mise. « L’idéal est de semer avant une pluie efficace, mais encore faut-il qu’elle tombe réellement », rappelle le technicien.
Observer avant de sortir les outils
Les spécialistes de Terres Inovia insistent eux aussi sur l’importance du diagnostic préalable. Le test à la bêche demeure l’outil le plus simple pour évaluer l’état structural d’une parcelle. Lorsque le profil est homogène et poreux, un travail profond n’apporte généralement aucun bénéfice. À l’inverse, la présence de couches compactées peut justifier une intervention ciblée afin de permettre au pivot de descendre correctement. L’objectif reste de produire un colza robuste avant l’hiver, capable d’atteindre le stade quatre feuilles avant l’arrivée des grosses altises et de développer un pivot d’au moins 15 cm. Les experts rappellent également qu’un simple centimètre de profondeur supplémentaire représente près de 140 tonnes de terre déplacées par hectare. Un réglage précis des outils permet donc de limiter les coûts et d’éviter des interventions inutiles.
Préserver l’humidité du profil
Dans les parcelles disposant encore d’un peu de fraîcheur, les travaux doivent être réalisés rapidement après récolte afin de conserver l’humidité résiduelle du sol. Un bon rappui, grâce à un rouleau ou à l’outil lui-même, contribue à limiter les pertes d’eau. À l’inverse, lorsque l’ensemble du profil est sec, mieux vaut patienter. Travailler un sol trop sec ne corrige pas efficacement les tassements et accentue souvent le dessèchement.
La gestion des repousses de céréales doit également être adaptée aux conditions. En présence d’humidité, leur destruction rapide limite leur consommation d’eau. En conditions sèches, il peut être intéressant de laisser lever un maximum de repousses avant leur destruction afin de réduire la concurrence future.
Vigilance maximale sur les ravageurs
La campagne pourrait également être marquée par une forte pression parasitaire. Les observateurs signalent déjà une présence importante de petites altises dans de nombreux secteurs. Attention aussi aux criquets italiens, signalés dans de nombreux secteurs. Cette espèce (Calliptamus italicus) est connue pour profiter des étés chauds et secs et peut connaître des épisodes de pullulation, avec des dégâts de défoliation sur diverses cultures et prairies. Des épisodes marqués ont déjà été observés en Bourgogne et dans le Centre-Est lors de sécheresses importantes.. Quant aux limaces, elles pourraient redevenir très actives dès les premières pluies significatives.
Les techniciens redoutent surtout un vol important de grosses altises à partir de la mi-septembre. Dans le cas de semis tardifs et de levées retardées jusqu’à la fin août, certaines stratégies de désherbage devront être adaptées. L’application de métazachlore pourrait en effet freiner le développement des jeunes colzas et les rendre plus vulnérables aux attaques.
Dans ces situations, un désherbage de prélevée reposant uniquement sur la napropamide peut constituer une option à étudier.
Plus que jamais, la réussite du colza reposera cette année sur quelques fondamentaux : préserver l’humidité du sol, éviter les interventions inutiles, semer au plus près d’une pluie efficace de 7 à 10 mm et assurer une nutrition précoce suffisante en azote et phosphore. Des conditions indispensables pour permettre aux jeunes plantes de franchir rapidement les premiers stades de développement et d’affronter un automne qui s’annonce déjà sous haute surveillance.
Repères techniques
- Viser le stade 4 feuilles avant l’arrivée des grosses altises.
- Objectif : 1,5 kg de biomasse/m² à l’entrée de l’hiver.
- Développer un pivot d’au moins 15 cm avant l’hiver.
- Semer au plus près d’une pluie annoncée de 7 à 10 mm.
- En sols très secs, éviter les travaux profonds qui déstructurent les horizons.
- Surveiller particulièrement altises, limaces et criquets italiens dès la levée.



